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La planque vue par deux femmes détectives privées

Célèbre dans les films, la planque est un incontournable dans la vie d’un détective privé. C’est quoi une planque, concrètement ? Qu’est-ce que cela change d’être une femme ? Quelles sont les astuces pour planquer pendant parfois 12h ? Comment tenir sans compromettre sa sécurité ? Deux femmes détectives privées, Carole Frémy (directrice de CF Investigations) et Margaux Duquesne (directrice de Millenium Investigations) prennent la plume pour vous raconter l’envers du décor. 

La sécurité en « planque » ou l’art de ne pas être surveillé en surveillant

La « planque » fait partie intégrante des fonctions d’un détective privé. Cela revient en pratique à surveiller en position statique afin de réaliser des constatations factuelles dans un environnement déterminé, visant le plus souvent les agissements d’un ou plusieurs individus.

Mais si l’attitude de l’enquêteur privé est suspecte, si sa présence pèse sur le voisinage ou si ce dernier se fait remarquer, peu importe la façon, alors c’est lui qu’on surveillera. En plus de la « cible », il faudra alors surveiller ceux qui surveillent et composer avec ce stress supplémentaire. Pour une heure, cela peut encore convenir, mais sur une journée complète, cela devient très contraignant et potentiellement dangereux.

Si l’on ajoute à ça que l’enquêteur peut être une enquêtrice, les dangers sont-ils alors les mêmes ? Peut-on en tirer bénéfice ou est-ce des barrières en sus ?

Surveiller en sécurité est prioritaire

La sécurité intéresse tous nos confrères dans la mesure où, nous le savons, au gré des actualités les gens sont méfiants, très attentifs ou tendus et pourraient nous prendre pour ce que nous ne sommes précisément pas : des ennemis du quartier, des cambrioleurs en repérage, des terroristes, des ahuris en quête d’un but indéterminé, bref… des intrus aux intentions discutables dans tous les cas.

Nous prenons la sécurité très au sérieux. Cette dernière s’évalue avant chaque intervention selon deux axes rapides qui peuvent se résumer en question :
• Où devons-nous intervenir ?
• Combien de temps pourrait durer la surveillance au même endroit ?

Il est aisé de comprendre que nous devons avant tout faire corps avec l’environnement pour ne pas faire tâche. À cela, nous devons ajouter nos connaissances personnelles du quartier ou trouver rapidement les informations utiles. Tout est passé rapidement au crible : type de population, dynamisme du quartier, quartier d’affaire ou quartier d’habitation, etc. Ces précisions sont toujours un plus, ne serait-ce que pour alimenter des scénarios si nous devions entrer en contact avec des habitants, qui eux, connaissent les lieux comme leur poche.
Le temps est plus difficile à déterminer. Le client, quand il a des informations à fournir sur la personne à surveiller, commet parfois des erreurs. Ce qui peut engendrer des heures d’attente imprévues et donc une mise en place différente que si nous devions tenir trente minutes. Pour les « planques » étendues, il s’agit de tenir la distance dans la durée et de se faire oublier du reste du monde.

Surveiller c’est bien, avoir de l’imagination c’est mieux

En cas d’erreur, de mauvaise appréciation ou parce que la position à tenir ne permet pas de s’abriter des regards indéfiniment, les habitants ou commerçants finissent par réclamer l’addition. Les questions sont régulièrement les mêmes : « Que faites-vous ici ? » ; « Je vous ai vu à 8h et il est 16h, vous cherchez quoi ? » ; « Vous attendez quoi ? » etc. Quelques fois, ils n’osent pas poser de question et envoient les forces de l’ordre en guise de lanterne pour résoudre le mystère. Dire la vérité à la Police ou la Gendarmerie est le plus salvateur car ils rassurent ensuite l’habitant anonyme en taisant nos fonctions. Pour les habitants qui viendraient directement au contact, nous devons élaborer un scénario qui tient la route pour se débarrasser rapidement d’eux sans les alerter davantage. Pas simple. Pas simple, mais pas impossible.

À la manière de la méthode commerciale SONCAS qui permet l’activation des bons leviers pour effectuer une vente, nous scannons rapidement leur profil psychologique pour leur servir la réponse qui puisse les faire disparaître du paysage sans qu’ils n’aient à sourciller ou pire : revenir avec d’autres individus.

Être une femme peut avoir l’avantage non négligeable de moins inquiéter. L’inconscient collectif admet qu’une femme suspecte sera toujours moins dangereuse, moins violente et moins harcelante qu’un homme. À tort ou à raison. Être une femme peut aussi discipliner naturellement les profils impulsifs qu’on voit parfois débarquer à 100 mètres dans le rétroviseur à vive allure, l’air convaincu de nous déloger, et qui une fois devant la voiture deviennent de petits agneaux inoffensifs. Mais nous ne perdons pas de vue le désavantage physique que la nature nous impose ou l’opportunité que nous représentons, de jour comme de nuit, de devenir proie alors que nous sommes venues chasser.

Nous n’oublions pas que nous sommes souvent seules et que nous devons parfois durement choisir entre la nécessité de préserver notre intégrité en repliant les gaules ; et la possibilité de glaner des informations qui peut-être ne réapparaîtront plus jamais, au détriment de notre sécurité. Un choix cornélien qu’il faut trancher rapidement mais un avantage tout de même : l’erreur de jugement s’appréciera en une poignée de minutes.

Si les « planques » à la télé durent entre trente secondes et deux minutes pour permettre de résoudre une affaire, c’est parce que c’est de la fiction pure. La réalité, c’est qu’elles peuvent durer des heures et des heures pour n’en tirer quelquefois qu’un renseignement limité et qu’il faudra remettre le couvert tôt ou tard avec une contrainte additionnelle : affronter de nouveau ceux qu’on avait endormis la veille avec plus ou moins de facilité.

Survivre en planque : mode d’emploi

Comme dit plus haut au sujet de la surveillance : on sait quand elle commence, jamais quand elle finit. Être apte à passer jusqu’à 12 ou 14 heures assise dans une voiture, ne s’improvise pas. Tout est question de préparation et de concentration.

Mot d’ordre : anticiper

La préparation minutieuse du sac opérationnel d’un détective privé peut avoir un poids considérable sur la réussite de la mission. C’est lors de cette phase que la plupart des questions déterminantes devront être posées. En premier lieu, il convient d’avoir le matériel adéquat mais aussi de vérifier son bon fonctionnement. Quoi de pire que d’ouvrir sa caméra à l’instant décisif et de réaliser que la carte mémoire n’a pas été insérée ? Le matériel sera évidemment différent si la surveillance est en ville ou à la campagne. Vais-je devoir me mettre loin, auquel cas faut-il prendre des jumelles ou un monoculaire ? Mon appareil photo ou ma caméra sont-ils rechargés ? En ai-je d’autres de secours au cas où ils soient défectueux une fois sur le terrain ? La batterie externe est bien souvent notre meilleure amie car elle nous permet au moins d’avoir l’esprit tranquille et de ne pas avoir à économiser pendant la journée. Elle permet de recharger au besoin le téléphone portable mais aussi les oreillettes Bluetooth, (ou encore la cigarette électronique…).

Une fois l’aspect technique au point, nous devons anticiper les conditions météorologiques. L’hiver, nous devons parer au froid, tout en restant immobile, parfois même avec un filet d’air extérieur, à travers la fenêtre pour contrer la buée. L’été, la chaleur peut paraître moins désagréable, cependant nous ne pouvons pas ouvrir en grand les fenêtres pour aérer l’habitacle, donc très rapidement, l’atmosphère devient étouffante. Dans tous les cas, et peu importe les conditions extérieures avec lesquelles il va falloir travailler, rien ne doit nous déconcentrer de l’objet de notre surveillance.

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Confort et besoin, pour rester opérationnelle

Imaginer une surveillance de 12 heures sans boire ni manger : c’est possible. Mais fortement déconseillé car l’idée est de maintenir au mieux notre concentration pour être prêt à agir le moment voulu. La léthargie n’a jamais fait bon ménage avec le métier de détective qui demande dynamisme et vivacité de corps et d’esprit. Nous devons avoir suffisamment de force et d’énergie pour pouvoir réagir et ne pas baisser la garde, sans tomber dans l’excès inverse d’encas trop copieux au risque d’avoir un coup de fatigue post-digestion.

La bouteille d’eau est évidemment obligatoire, et pour ceux qui le souhaitent, un bon thermos de café, de thé ou encore de boissons énergisantes en guise de petit remontant pour rester bien éveillé. Et qui dit boire, dit… aller aux commodités. Chaque détective trouve sa propre technique. Si nous avons la chance d’être à deux agents sur une même surveillance (ce qui est un luxe et pas une configuration systématique), nous pouvons alterner quelques minutes et à tour de rôle la surveillance afin de permettre à sa consœur ou son confrère de trouver un
endroit pour se soulager. Si vous êtes seul, de deux choses l’une : soit vous êtes un homme et cela va être un peu désagréable mais réalisable (la bouteille d’une certaine marque de thé glacé semble appréciée par la gent masculine de la profession), soit vous êtes une femme et cela va être très désagréable mais pas impossible. Là encore, la créativité est de mise ! Du « pisse debout » élaboré à simplicité d’une gourde, le principal étant de toujours pouvoir s’adapter à son environnement (ici un lieu clos : la voiture) sans mettre sa santé à rude épreuve.

Autre point important : la propreté de la voiture. Comme il est rare de savoir exactement à l’avance la position que nous aurons pendant la surveillance, nous devons nous assurer que toutes les fenêtres de notre véhicule (sans oublier les rétroviseurs) soient extrêmement propres, afin que l’objectif de notre appareil photo ou caméra ne fasse pas le point sur la pluie séchée de la vitre… plutôt que sur notre « cible », qui sort enfin après 8 heures de surveillance ! L’idéal étant d’avoir toujours un chiffon (en microfibres, c’est encore mieux) et un nettoyant à vitres.
Lorsque le temps est sec, les vitres sont souvent propres et ne posent pas de grande difficulté. C’est un point important, en tout cas, car de cette netteté pourrait surgir des détails pertinents pour l’enquête et des images parfois cruciales pour le client.

Auteures :

Carole FRÉMY – Directrice de l’agence CF INVESTIGATIONS – 17 rue Albin Haller – 86000 Poitiers 05 49 31 38 52 • contact@cf-investigations.fr

Margaux DUQUESNE – Directrice de l’agence MILLENIUM INVESTIGATIONS – 320 rue Saint-Honoré – 75001 Paris 07 56 99 33 03 • contact@millenium-investigations.fr

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