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Détective privé, un métier qui existe vraiment

« Détective Privée » est un podcast diffusé chaque vendredi et produit par l’agence Millenium Investigations. Une directrice d’enquêtes en activité raconte son métier en allant au-delà des clichés.

Je suis Margaux Duquesne, détective privée, et je dirige depuis 2020 l’agence Millenium Investigations. J’ai créé ce podcast pour vous faire découvrir mon métier, en allant au-delà des clichés. Je vous propose, dans ce premier épisode, de revenir sur une question que l’on me pose très souvent quand je me présente : « ça existe vraiment les détectives privés en France ? » Cet épisode d’introduction vise à survoler une multitude de thèmes, dans l’espoir de vous donner un premier aperçu de ce métier plutôt rare. Episode 1, c’est parti !

Partons des mots : aujourd’hui, on a plusieurs appellations : on peut dire « Détective privé » ou « Agent de recherches privées ». Certains disent aussi « Enquêteur privé » ou « Enquêteur de droit privé ». Ce sont toutes les appellations que l’on peut avoir sur notre métier aujourd’hui.

Est-ce qu’il y a beaucoup de détectives privés en France ?

Sur cette question, le métier a évolué ces dernières années. Il y a à peu près 20 ou 30 ans, pour devenir détective privé, il suffisait de demander une autorisation auprès de la Préfecture. Cette dernière effectuait une enquête de moralité : elle regardait surtout si la personne avait bien un casier judiciaire vierge. C’est ainsi qu’on pouvait obtenir l’autorisation pour ouvrir sa propre agence de détective privé.

A cette époque, on comptait environ 3000 agences en France, sachant qu’une agence peut n’être composée que d’une personne ou alors elle peut être composés d’un directeur d’agence et de salariés.

Aujourd’hui, il est plus difficile de devenir détective privé notamment parce que depuis 2003, la profession est règlementée et très encadrée. Aujourd’hui, on dénombre plutôt environ 800 agences d’enquêtes privées (un chiffre peut être surestimé car il s’agit en fait du nombres d’établissements. Or, un détective privé peut avoir plusieurs établissements dans différentes villes de France).

Se demander s’il y a beaucoup de détectives privés, c’est aussi une manière de se demander s’il y a beaucoup de personnes qui font appel à des détectives privés…

Un métier de l’ombre

Disons-le clairement : personne ne se vante de faire appel à un détective privé. Ce n’est pas quelque chose qu’on dit facilement à ses amis ou à sa famille. Parce que souvent cela révèle une partie très intime soit de sa vie professionnelle ou soit de sa vie privée, dont on n’a pas du tout envie de parler. Quand on va voir un détective privé, c’est que quelque chose ne va pas dans sa vie. On ne va pas annoncer à n’importe qui qu’on réalise une enquête d’infidélité sur son mari ou sur sa femme ; on ne va pas non plus dire à n’importe qui qu’on enquête sur ses salariés parce qu’on a l’impression que de la marchandise est volée… Ce sont des choses que l’on tait, la plupart du temps et que l’on communique uniquement aux professionnels impliqués dans le dossier.

Mais faites le test autour de vous, parler du métier de détective privé, et vous verrez qu’il y a peut-être plus de gens que ce qu’on croit qui ont déjà eu affaire ou connaissent des gens qui ont eu affaire à un détective privé, dans le cadre d’une procédure ou lors d’une situation difficile.

Evidemment, si on a été suivi par un détective privé, information qu’on a pu découvrir pendant la procédure, au moment de l’échange de preuves entre les parties, c’est quelque chose que l’on va encore moins raconter aux autres.

Je pense que c’est vraiment l’une des raisons qui fait que ce métier est assez méconnu et que beaucoup pensent qu’il n’existe pas : clairement, c’est un sujet tabou.

Comment peut-on devenir détective privé ?

On doit obligatoirement suivre une formation pour obtenir un diplôme. Quatre centres de formations le délivrent en France : deux universités (une à Nîmes et une à Melun). Et sinon, il y a aussi la possibilité de faire une école privée : il y a en une à Montpellier (l’IFAR) et une basée à Paris (l’ESARP).

Personnellement, j’ai choisi l’option école privée car j’avais déjà fait des études à l’université. J’ai choisi l’ESARP, car l’école était à Paris. Mon cursus a duré un an.

La formation peut aller d’un à deux ans, selon votre niveau d’études et selon vos expériences passées. Pour intégrer l’une de ces formations, il y a une sélection sur dossier puis un entretien de motivation. Pendant cet entretien, on va essayer de savoir qu’est-ce qui vous motive à faire ce métier, si particulier. On va aussi essayer de savoir si vous avez vraiment une vision réaliste du métier, parce qu’il peut y avoir des candidats qui fantasment complètement le métier et qui seront très déçus s’ils se lancent dans ce type de formation.

Pour le cas des anciens policiers, gendarmes et militaires, c’est vraiment à part. Comme ce sont des métiers plus proches de celui d’enquêteur privé, ce sont des professionnels qui peuvent demander une validation des acquis pour obtenir un agrément ou bien qui peuvent aussi suivre la formation initiale selon leurs envies.

==> Plus d’infos sur ma newsletter « Madame la Détective » consacrée à ce sujet.

Qu’apprend-on dans une école de détective privé ?

Comme cette question revient très souvent, j’en ai fait un épisode dédié où je vous propose de réfléchir aux questions à se poser avant d’entamer une reconversion en tant que détective privé.

Qu’est-ce qui m’a amenée à faire ce métier ?

Plusieurs choses. Déjà quand j’étais journaliste, ce que je préférais faire, c’étaient les enquêtes. J’ai eu la chance d’être formée par de grands journalistes d’investigation. Donc j’avais déjà cette fibre, cet appétit de toujours rechercher les secrets, découvrir ce qu’on cherchait à cacher, etc.

Ensuite, j’avais envie de revenir au droit, car c’était une matière que j’avais faite pendant mes études, lors de la licence et j’avais vraiment adoré le droit. J’ai toujours gardé une frustration de ne pas avoir poussé un peu plus la question. Je m’étais renseignée auprès d’avocats pour savoir s’ils ne recherchaient pas des enquêteurs : ils m’avaient dit que souvent ils faisaient appel à des détectives privés.

Ensuite, j’étais très intéressée, depuis des années, par le renseignement. Et à un moment donné, j’en ai eu marre d’écrire des articles dessus, avec une espèce de distance : j’ai eu envie d’en faire mon métier.

Voilà, personnellement, toutes les raisons qui m’ont poussé à faire ce métier.

Les autorisations professionnelles du détective privé

Pour en revenir à comment on devient détective : une fois que vous avez votre diplôme en poche, ce n’est pas fini ! C’est un métier très réglementé, il appartient aux métiers de la sécurité privée. Les détectives privés sont contrôlés par un organisme public, qui est sous tutelle du ministère de l’Intérieur : le CNAPS, le Conseil National des Activités Privées de Sécurité. C’est l’organisme qui délivre les autorisations à tous les professionnels de la sécurité privée. C’est à cet organisme qu’on demande trois autorisations nécessaires :

  • L’agrément dirigeant, qui est lié à notre personne ;
  • Une autorisation d’exercer qui est liée à notre établissement (si vous avez plusieurs établissements dans plusieurs villes, il faudra une autorisation spécifique pour chacun d’eux) ;
  • Une carte professionnelle, qui est liée à notre personne aussi, et peut se matérialiser sous la forme physique.

Une fois que vous avez ces trois autorisations, vous pouvez ouvrir votre entreprise.

Le détective privé est aussi et avant tout un chef d’entreprise

Une chose qu’on découvre rapidement dans ce métier : il consiste à être à 50% enquêteur, et à 50% entrepreneur. Donc on aura beau être très bon en techniques d’enquête, si on n’a pas le fibre entrepreneuriale, si on ne tient pas ses comptes, si on ne démarche pas pour trouver de la nouvelle clientèle, qu’on ne fait pas un peu de marketing, ça risque d’être un peu pénible. Possible, mais pénible.

Aujourd’hui, il existe des modèles d’entreprise très simplifiée comme les micro-entreprises. On peut commencer par cela au début. Si on est très motivé, mais pas très bon en comptabilité, cela peut se compenser et on peut s’en sortir.

La difficulté n’est même pas la gestion de l’entreprise que la recherche des clients.

Pour la forme de l’entreprise, c’est assez libre, vous pouvez choisir la forme qui vous convient, seul ou avec des associés : SAS, SASU, EURL/EIRL, EI (entrepreneur individuel). Vous voilà donc détective privé, autorisé à exercer.

La loi qui encadre la profession

Notre métier est régi par le Code de la Sécurité Intérieure. L’article L621-1 définit la profession d’agent de recherches privées :

« Est soumise aux dispositions du présent titre la profession libérale qui consiste, pour une personne, à recueillir, même sans faire état de sa qualité ni révéler l’objet de sa mission, des informations ou renseignements destinés à des tiers, en vue de la défense de leurs intérêts. »

C’est donc une profession libérale. Contrairement aux Huissiers de justice, par exemple, nous ne sommes pas obligés de faire état de notre qualité : on n’est pas obligé de dire qu’on est détective privé pendant notre enquête. Nous ne sommes pas non plus obligés de dire pourquoi nous effectuons nos recherches. Tout cela est légitimé par le fait qu’on défend l’intérêt de nos clients.

On ne peut pas non plus faire tout et n’importe quoi sous prétexte qu’on défend les intérêts de nos clients :

  • Il faut que la mission soit légale.
  • Il faut que ce que la stratégie opérationnelle soit proportionnée par le but poursuivi. Par exemple, vous n’allez pas suivre une personne 24h sur 24 pendant six mois pour une affaire d’adultère : ce serait jugé disproportionné.
  • Il faut que la mission soit légitime : votre client doit pouvoir ester en justice pour faire valoir son droit sur ce dossier.
  • Il faut respecter les principes de loyauté de la preuve et de respect de la vie privée

Jurisprudence et déontologie

Tout cela est très encadré par la jurisprudence et dépend du type d’enquête que l’on fait car c’est très différent de travailler en droit civil ou en droit du travail, ou encore en droit des sociétés ou en droit pénal.

Les jurisprudences l’ont encore rappelé récemment : le rapport du détective privé est recevable en justice. Nous avons un véritable poids dans la procédure judiciaire, donc ce n’est pas pour rien que de plus en plus de gens font appel à des détectives privés.

Nous avons même un code de déontologie, mis en place par un décret en 2012, comme peut en avoir la profession d’avocat, par exemple.

Nous avons aussi interdiction de cumul de métiers : en tant que détective privé, nous ne pouvons pas cumuler une autre activité de la sécurité privée. Par exemple, nous ne pouvons pas être à la fois détective privé et exercer une activité de gardiennage.

Conclusion 

Détective privé est un métier qui existe vraiment, dans la vie, dans les lois, dans les règlements, dans les centres de formation… Nous avons même des syndicats.

C’est une profession qui se fait rarement entendre car nous sommes peu nombreux : 1000 agences en France, c’est très peu. Même au sein de la sécurité privée, nous sommes très peu nombreux par rapports aux autres professions. Et puis nous sommes un métier fait par des personnes qui préfèrent rester plutôt discrètes.

J’espère que j’ai pu vous donner un petit aperçu de la profession de détective privé en France.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas à me contacter. Vous pouvez le faire via ce formulaire ou directement à contact@millenium-investigations.fr. Vous pouvez aussi me contacter via mon compte Instagram.

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A bientôt et d’ici-là, prenez soin de vous !

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